MICHEL DESROCHES
Originaire de l'est de
Montréal, Michel T. Desroches a grandi à l'ombre des cheminées des
raffineries. Son climat visuel est grandement marqué par cette région.
Il aime pouvoir construire ou déconstruire l'espace et la matière. De
façon authentique son travail pictural découle d'une fragmentation de
l'espace par des lignes sinueuses à l'aspect arabesques. Cette approche
se veut intuitive, organique, presque ornementale.
Ce dévoilement allégorique furtif invite notre regard dans un parcours rempli d'imprévus.
Michel
T. Desroches appartient à une génération d'artistes pour qui les outils
de création traditionnels et modernes se chevauchent, ainsi plusieurs
domaines créatifs interagissent : peinture, photographie, art vidéo,
musique. L'art multidisciplinaire découle, par le fait même, une
fécondité concrète.
Fasciné par la ligne
«Lorsque
je procède à l'exécution d'une oeuvre, l'abime de mon inconscient
insuffle des formes à définir. Ces formes émergentes de mon baguage
visuel semblent être présentes au geste créateur.
Le dessin automatiste découle d'une liberté d'expression. Ce procédé me procure un sentiment d'accomplissement.
Les
formes qui en résultent se relient pour former un réseau parfois
complexe ou épuré. Ce processus demande une confiance dans le geste et
dans la manoeuvre afin de mettre en valeur certains aspects du résultat
final. Le rendu sculptural que procure l'ajout de zones ombrées définit
la composition dans l'espace. Le territoire sondé par la ligne prend
forme, d'une façon quasi ornementale le résultat devient une aire de
jeux pour les yeux.
Cette ligne qui fractionne la surface blanche
de la feuille engendre des cellules autonomes qui par souci d'harmonie
cohabitent entre elles. Certains plans se créés lorsqu'il y à
chevauchement de formes. Ce jeu de voies graphiques et de chemins
entrecroisés laisse agréablement place à l'imagination. L'aspect final
des essais graphiques que sont les formes sensibles correspond à
l'aboutissement d'une pratique constante du dessin et de la recherche
assidue de la forme ultime. Cette forme se veut sensible au regard, car
celui-ci par simple curiosité parcourt les issus possibles.»
La ligne et le dessin
«Depuis
plusieurs années déjà ma pratique se concentre sur la ligne. La ligne
crée des réseaux et des formes diverses. Le geste spontané sur la
surface par le tracé libre donne lieu à l'investissement de l'espace. Le
but principal est de composer un dessin d'une harmonie graphique. Je
crée des formes autonomes. Elles semblent habitées d'un mécanisme qui
les anime.
Par l'autopictographie j'aborde l'écriture inconscient
qui me distingue. J'ai donné au dessin structural le nom de formes
sensibles. Le processus automatiste par lequel ces formes sensibles
naissent est fascinant. Cette façon de dessiner m'ouvre la frontière
intérieure. Permettant ainsi l'improviste surprise.
Le seul travail demande d'être présent à la création et de modifier le dessin afin d'établir un ordre spatial.
L'aspect
structural donne lieu à un véritable vecteur graphique, un miroir
inconscient. Cette composition autonome invite le regard à un plaisir
renouvelé.»
Humeurs variables
«L'observation du
visage humain est propice à la subjectivité. L'aspect et l'humeur qui
s'en dégagent offrent une gamme infinie d'attitudes et d'émotions. Nous
apposons tous une détection émotive face au visage, c'est d'instinct...
Cette lecture automatique dévoile souvent un état intérieur. Cette identification d'émotion crée un attachement émotif?
Mon
parcours artistique m'amène vers une épuration de la ligne. Ma
représentation de la figure humaine donne lieu à une quête identitaire.
Les humeurs variables constituent un ensemble de croquis spontané. Ces
visages m'habitent, ils ont la particularité de surgir au gré du crayon.
La ligne nerveuse et fébrile capture l'étonnement, l'humeur du visage?»
Formes sensibles
«La forme sensible au regard propose un parcours subjectif.
Miroir
inconscient par décèlement graphique, elle reflète l'image
interprétée.Le dessin est, selon moi, le résultat visible de multiples
décisions. Il nait du bagage graphique inconscient qui m'habite.
J'improvise par la ligne?
Ce tracé m'amène à construire un réseau
complexe. Je planifie l'espace, choisis la division créant plusieurs
niveaux de profondeur par un jeu d'ombres bien placées? L'accord
harmonieux par l'équilibre des interstices ombrés permet de créer une
aire de jeux pour les yeux. La forme sensible est une captation furtive
de ma présence créatrice? Elle est l'aboutissement visuel de milliers de
croquis et d'études assimilées? La forme sensible est autonome, elle
témoigne d?une recherche esthétique soutenue?»
Le dessin au quotidien
«Ma pratique du dessin m'amène à découvrir un processus intérieur qui ne cesse de me surprendre.
Cette
façon de procéder ne fonctionne que par une présence de réponses
immédiates à ce que la ligne propose. Choix de directions, longueurs,
reprises, courbes, formes ouvertes ou fermées. Autant de possibilités
afin de résoudre le chaos. Rétablir un équilibre, une harmonie visuelle.
Cet
exercice est un jeu qui me captive. Le mécanisme inconscient qui
s'opère lorsque je fabrique ces formes sensibles demeure mystérieux. Les
combinaisons, les procédés, le geste apprivoisé et parfois l'audace de
sortir de cette zone de confort donnent lieu à un résultat probant d'une
mémoire graphique interne.
La structure abstraite, composée de
lignes, interpelle cette mémoire visuelle collective du monde visible.
Le regard est sensible à l'identifiable au concret. Il s'accroche au
tangible. Les Formes sensibles créent ainsi un lieu propice de
découverte visuelle elles agissent comme un miroir inconscient. Le
baguage graphique inhérent à chacun est réclamé par les structures de
lignes.»