Événement Photos Oeuvres Retour aux événements

CASE-FOX,Viviane, Case in Colour *Galerie MX

Il existe plusieurs façons de contempler une œuvre.
Un simple coup d’œil peut suffire pour porter un jugement : on aime ou on n’aime pas, sans plus.  En d’autres situations, l’œuvre semble prendre vie, elle nous interpelle.  Un simple regard ne suffit plus.  Un questionnement intarissable s’empare de nos pensées : pourquoi avoir utilisé cette palette de couleur ?  Pourquoi un trait si large et si présent ?  Pourquoi cette éclaboussure brute et intense ?  Pourquoi avoir laissé une partie de la toile non recouverte de peinture ?  On se retrouve soudainement confronté à la réalité imaginaire de l’artiste.  On pénètre son âme.  L’artiste nous parle… que veut-il communiquer ?

Les œuvres de Viviane Case-Fox sont empreintes de cette force presque provocatrice qui oblige le regard à scruter au-delà de l’objet.  La superposition des huiles provoque de riches transparences guidant notre œil vers une dimension de second plan.  La couleur —thème principal abordé dans cet ouvrage—, omniprésente dans l’œuvre de Case-Fox, nous transporte dans un monde de saveurs, dans un univers de contrastes où la spontanéité de la composition se transforme en allégorie ; où l’obstination des coups de spatules et de pinceaux devient un confortable équilibre pour l’œil ; où l’acharnement de l’artiste à vouloir se communiquer devient une œuvre débordante d’amour et de passion.

J’ai moi-même eu le coup de foudre pour les œuvres de Viviane Case-Fox, il y a de cela plusieurs années.  Parmi elles, un tableau m’a particulièrement touché.  On y trouve deux personnages ; anonymes, aux yeux de certains, ils rappellent des connaissances, des membres de la famille, des amis, des personnalités aux yeux des autres.  Pour moi, ils sont devenus deux complices issus du Monde Merveilleux de Case-Fox.  Encore aujourd’hui, à tous les jours, ils réussissent à soutirer de moi un regard, un sourire ou … un autre questionnement !

Viviane Case-Fox,
Une femme vibrante, énergique et passionnée.
Une mère disponible, généreuse et engagée.
Une artiste de cœur et de couleurs.




Benoit Beauchamp


Pigments d’une vie haut en couleur


It was the time between the lights when colours undergo their intensification […]; when for some reason the beauty of the world revealed and yet soon to perish […] has two edges, one of laughter, one of anguish, cutting the heart asunder.
Virginia Woolf, A Room of One’s Own


Une chambre à soi, une oasis pour soi, est aussi un lieu d’accueil de l’autre…en soi.

Dans un atelier sur le bord du canal Lachine oeuvre l’artiste peintre, Viviane Case-Fox, entourée de quelques-uns de ses tableaux en chantier, de livres d’artistes, tels ceux riches en couleur de Joan Mitchell, ainsi que d’un mobilier personnel, le tout inondé par la lumière du jour, scène de tous les jours de l’artiste. La porte de cette chambre à soi demeure ouverte sur le couloir, créant ainsi une continuité entre l’espace intime intérieur et celui qui appelle le dehors, le mouvement et l’impromptu.

 Issue d’une famille d’origine hongroise, installée à Montréal dans les années 1950,  Viviane Case-Fox a grandi avec sa sœur aînée dans le Nord-Est de la ville. Son père, menuisier sur les bateaux, avait abandonné ce métier pour devenir commerçant. Décédé lorsque Viviane n’avait que 13 ans, les liens entre la mère et ses deux filles se sont alors resserrés pour éviter le naufrage. Sa mère, aujourd’hui âgée de 84 ans, est toujours fidèle à son poste.

De cette enfance, Viviane a conservé la chaleur des liens familiaux ― elle épousera un «certain» Francis Fox et ils auront une fille, Julianna, et un garçon, Daniel ―, la persévérance dans les études et le travail, ainsi qu’un profond respect de la diversité des expériences.

 Viviane Case-Fox a connu plusieurs expériences professionnelles d’envergure. À14 ans, mesurant déjà 5 pi et 10 po, elle débutait, encouragée par sa mère, une carrière dans la mode. En peu de temps, elle s’est retrouvée engagée par l’agence Wilhelmina Modeling Agency et lauréate du premier prix du concours de la Modeling Association of America de New York. Viviane n’avait que 21 ans! Ravie par l’invitation de demeurer à New York pour poursuivre une carrière de mannequin, mais souhaitant revenir à Montréal pour retrouver famille et amis, Viviane vit un dilemme important. Elle rentre toutefois au bercail, et travaille comme hôtesse de l’air pour Air Canada à Montréal puis à Toronto.

Viviane fut, par la suite, invitée par la journaliste, directrice artistique et publicitaire, Iona Monahan, qui avait vu son travail dans la mode, à écrire des articles portant sur la mode dans sa chronique du quotidien, The Gazette. À deux reprises, les articles de Viviane ont été publiés par la PC (Presse Canadienne). En plus de rédiger des articles, Viviane s’occupait parfois de la prise de photos. Plus elle s’avançait sur une mer imprévisible, plus Viviane puisait des forces à même ces expériences artistiques diverses.

Le socle de cette navigation maritime repose cependant sur l’amour de sa famille. Elle épouse, à l’âge de 29 ans, le député fédéral, Francis Fox, qui a été le ministre responsable de la mise en chantier des musées des Beaux Arts et de la Civilisation. (Il est intéressant de souligner que Viviane a préféré faire une première demande d’exposition à l’étranger, notamment à une galerie en Floride, puisqu’elle désirait y être invitée sur le mérite de sa peinture et non à cause de ses relations ou celles de son conjoint.)  Julianna naissait quatre ans après leur mariage et leur garçon, Daniel, quelques années plus tard. Le temps s’est alors partagé entre la vie familiale (les parties de baseball, celles de tennis et les dîners à la maison des enfants) et la peinture.

Lorsque sa fille a commencé ses études secondaires, Viviane s’est inscrite à un cours de peinture au Centre des arts Saidye Bronfman. Grâce au centre, elle a pu explorer la technique et la faire sienne. Le Centre Saidye Bronfman accorde plus de place à l’artiste et à l’expression, selon Viviane. Ses professeurs, Marilyn Rubenstein et Philip Iverson ont su reconnaître cette force et appuyer sa démarche professionnelle.

La luminosité de ses tableaux apparaît grâce à un travail méticuleux et sans trêve. Une gestuelle spontanée et généreuse, des traces de spatule et de couteau et un mélange instinctif des couleurs signent son œuvre. Toutefois, la matière de ses compositions, voire le «bruit des choses vivantes», se puise à même la vie qui l’entoure. Elle rêve
d’un tableau qui prendrait forme grâce à un simple coup de pinceau, à la manière de Picasso. Des artistes l’inspirent ― la couleur et la texture chez Mitchell et de Kooning, The Berkeley Series de Diebenkorn ―, ses professeurs, tels Rubenstein et Iverson, ses expositions avec le Nun’s Island Art Group et sa collaboration à l’exposition Les femmeuses depuis quelques années.

Mais faut-il encore rappeler l’influence tout aussi grande de son domaine intime : le cercle que forment ses enfants, son amoureux, sa mère et sa sœur. Dans sa vie quotidienne, Viviane aime être au gouvernail et assurer le bien-être de tous les membres de sa famille. Son art prend pour leitmotiv une vie débordante de mouvement et de passion. Le canevas accueille les jours de tempête comme les jours de grand soleil ou le calme de l’eau. Contrairement à la maîtrise dont Viviane fait preuve dans sa vie, son art, lui, tel un bateau sur l’océan, vogue et vit grâce à l’imprévu et au surgissement de l’émotion qu’elle modèle pour en faire un tableau.

Grâce à son écoute et à sa sensibilité, Vivian ou Viviane ― prénom qu’elle a choisi pour souligner son appartenance à Montréal et au Québec ― Case-Fox compose avec des éléments disparates qu’elle capte sur la toile. Dans son atelier du canal Lachine, elle crée un pont entre le monde du dehors et la sphère intime, entre le rire et l’angoisse…


Diane Brabant