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NIKO, Monologues du Vagin *Galerie MX

Tout au long de l’épopée humaine, la femme a été l’objet de convoitise, d’envie, de dévotion et d’admiration.  À travers les siècles, elles ont donné la vie, elles ont changé nos destinées et ont marqué les sociétés passées et présentes. Par cet ouvrage, l’artiste NIKO nous transporte dans un éloge à la femme d’aujourd’hui et à ceux et celles qui les aiment.

Femme du monde, femme urbaine, femme moderne, Niko est désormais une femme engagée, engagée à nous présenter par sa peinture les différents visages de la beauté actuelle par l’entremise de ses personnages aux nombreux caractères distincts.

Afin de pousser encore plus loin l’idée principale du contexte de féminitude, cette œuvre littéraire et picturale est une démonstration du talent unique de l’artiste, mais aussi un lien direct avec son soutien envers les femmes victimes de violence, car c’est en s’inspirant des thèmes et de la lecture des Monologues du vagin de l’auteure Eve Ensler que l’artiste a voulu représenter sur toile ses propres émotions conjointement avec les leçons de vie de ses femmes qui ont osé mettre à nu leur propre peur, leur étonnement et leur fascination.

De page en page, vous vous émerveillerez des œuvres pleines de vie de l’artiste et vous pourrez par la même occasion vous enrichir de la beauté de certains passages littéraires tirés des textes des Monologues du vagin et qui ont par conséquent inspiré l’imaginaire et le pinceau de NIKO.

Bienvenue dans cet hommage à la femme, hommage à Niko où la censure n’a pas su s’y imposer.

Steeve Hamel


Par Louise-Marie Bédard
 
Mon vagin est un coquillage, un coquillage rond rose et délicat qui s'ouvre et qui se ferme. Mon vagin est une fleur, une tulipe excentrique, son cœur est vif et profond, son parfum est délicat, ses pétales doux et fermes à la fois…

Les Monologues du vagin (The Vagina Monologues, dans sa version originale), la pièce de théâtre créée en 1996, connut un vif succès à Broadway, avant d’être traduite en vingt-six langues et jouée dans plus d’une trentaine de pays. Son auteure, Eve Ensler, a imposé certaines contraintes – son texte doit être lu ou interprété par une ou plusieurs femmes, jouant bénévolement, et les recettes doivent être versées à une association qui lutte contre la violence faite aux femmes –, qui ont toujours été respectées et ont constitué le prélude à la création de la fondation V-Day, qui compte aujourd’hui des chapitres un peu partout sur la planète, dont un à Montréal (vdaymontreal.blogspot.com). « V-Day est un appel: le viol, la violence familiale, l’inceste, les mutilations génitales et l’esclavage sexuel doivent s’arrêter maintenant. (…) En récoltant des fonds et en sensibilisant l’opinion publique, le mouvement va unifier et renforcer les efforts existant contre la violence. (…) Nous n’arrêterons pas jusqu’à ce que la violence s’arrête. »

La pièce, fruit d’une synthèse d'interviews (quelque deux cents entretiens) de femmes de trois générations s'exprimant sur leur vécu par rapport à la sexualité, lève le voile sur un sujet tabou et des interdits. On est tour à tour choqué, bouleversé, ému, touché ou amusé par une anecdote, Les Monologues du vagin se distinguant par la richesse et la diversité du point de vue féminin. Les lectrices de l’événement du 27 mars seront mesdames Ginette Reno, Tara Spencer-Nairn, Kim D’Eon, Eva Avila, Nathalie Lauzon, Marie-Josée Turcotte, Sophie Grégoire, Geneviève Saint-Germain et Anne-Marie Laberge. L’artiste multidisciplinaire Joël Legendre agira à titre d’animateur de cette illustre soirée.

Encore une fois, par cette exposition-événement, galerie MX secoue la tradition et surprend par son esprit innovateur dans le milieu des arts visuels, les faisant rayonner à l’extérieur du microcosme des amateurs, mais sans jamais perdre de vue sa mission première de représenter les artistes. Et le pivot de cette soirée est Niko.

Atmosphère glamour… désabusée
 
Chacun son chemin à travers l’espace, les couleurs et les gestes. Celui de Niko, née à Montréal au sein d’une famille d’artistes, porte les traces d’un nomadisme dans des contrées glamour. L’artiste ayant évolué dans le domaine de la mode et voyagé à travers le monde, tout procède chez elle à la mise en exergue de cet univers d’apparences qui cultive l’image, comme s’il s’agissait d’une œuvre biographique.

Entre les traits et les lignes, les coups impulsifs, les couleurs vives et les contrastes, ces femmes vibrant de l’éclat d’une sensualité exacerbée, exprimée par leurs lèvres pulpeuses et souvent fardées, première et incontournable provocation pour le regard, le questionnement de l’artiste,  – ou serait-ce le nôtre ? – s’écrit. À chacun d’en découvrir le sens. L’œuvre picturale peut être traduite instantanément dans toutes les langues, mais selon ses perceptions et ses filtres, chacun en donne une interprétation différente. Mais on parle rarement de la violence qui s’exerce contre la beauté physique. Dans une société d’apparences axée sur l’éternelle jeunesse d’un visage parfait, comme d’un idéal, on oublie que derrière ce visage, comme sous un masque, il peut y avoir une conscience douloureuse des effets, mais aussi des conséquences parfois lourdes de la beauté et de ses standards. Dans un système duel, il y a toujours une face cachée, un côté sombre. Une violence souvent invisible s’épanouit dans les coulisses des semblants.

« Une belle femme suscite autant l’envie, le désir et l’adulation que… l’inverse », reconnaît Niko. On lui cherchera plus volontiers des défauts. On la défigurera au passage d’un regard méprisant, souvent chargé d’une pointe de jalousie. Les femmes ne l’aiment pas toujours, par la comparaison de leurs attributs physiques respectifs ou à la lumière de leurs valeurs féministes ou idéologiques. Des hommes oublient qu’elle n’est pas qu’une belle enveloppe, une proie sexuelle ou un trophée à exhiber avec orgueil à son bras… Comme toutes les autres femmes, elle peut avoir de l’esprit, comme elle peut ne pas en avoir du tout. On excusera la sottise des premières, mais le jugement sera souvent implacable dans son cas. Une arme facile pour tuer la beauté. « Certaines femmes sont tellement déstabilisées par le regard de l’homme, dont elles sont dépendantes, qu’elles en perdent la maîtrise de leurs émotions et perçoivent les autres femmes comme des rivales. Elles cherchent à plaire à tout prix, plutôt que de travailler à être bien intérieurement et à se sentir mieux dans leur peau. La beauté en en tout et partout à qui sait la voir, mais elle est d’abord en soi. »

Dans l’œuvre de Niko, les visages de femmes au maquillage accentué et au regard souvent désabusé, sinon étrangement fixe, sont certes porteurs de sens. Donnent-elles une autre image d’elles-mêmes? Une image décalée ? Toute femme face à un appareil photographique prend obligatoirement la pose. Et celle qui fuit l’objectif fuit probablement aussi autre chose… Un regard immortel fixé sur du papier glacé. Les circonstances ne sont pas imprévues. Ce côté figé et artificiel, comme un miroir, nous renvoie un reflet familier que peut-être nous aimerions mieux ne pas voir?

Un regard métamorphosé

Dans sa nouvelle production, la femme, seule ou avec d’autres, toujours au centre de la toile, change souvent de couleur de peau et de décor, mais il y a plus. Le regard est différent. « Mon regard sur moi et sur les autres femmes est aussi différent, avoue Niko. La dimension du respect, me respecter, se reflète dans mes compositions. On me disait souvent que le regard de mes femmes était mystérieux ou triste. Maintenant, leur regard est plus paisible, plus serein, mais aussi plus direct. C’est probablement parce que je n’ai plus rien à cacher. Face aux regards masculins, je suis aussi plus détachée. Dans ma vie, comme dans mon œuvre, je laisse aller. Auparavant, je cherchais à plaire, j’exerçais un contrôle sur mon geste. Il est évident que Les Monologues du vagin ont contribué à ma réflexion face à ma vie, ma sexualité et mon art. Et ce questionnement se poursuit… »

Niko a fréquenté l’école des Beaux-arts la Renaissance. Elle s’est aussi perfectionnée en dessin à l’école Saidye Bronfman. Elle a plus particulièrement étudié le portrait et en a fait sa spécialité. Elle tire de la méditation et du yoga – une pratique quotidienne, indispensable à son équilibre –, une énergie pour peindre, mais aussi pour se dépasser sur le plan humain. « Je suis de moins en moins axée sur les apparences et l’avoir, donc plaire aux amateurs d’art et vendre mes toiles, ce qui créait auparavant une tension. Et plus je suis détachée de tout cela, plus je suis sereine et plus je m’amuse en créant. »  

De son association à ce prestigieux événement basé sur Les Monologues du vagin, d’abord à la galerie MX, mais aussi le lendemain, à la galerie Las Olas, en Floride, elle tire une légitime fierté, autant à titre d’artiste peintre que de femme. « C’est un sentiment de gratitude qui m’habite, précise-t-elle. » Le respect, l’estime de soi, la solidarité et le dialogue fécond entre les femmes et le refus de la violence sont désormais au cœur de sa démarche. En s’ouvrant à la réalité des autres femmes et à des points de vue différents du sien, elle favorise sa propre évolution et explore de nouveaux horizons. Des sujets qui n’auraient peut-être pas retenu son attention, si elle n’y avait pas été aussi directement confrontée, guident désormais son inspiration, comme en font foi ses dernières toiles. Une évolution à suivre.

Cet événement phare dans une galerie d’art prouve que l’on peut réunir des forces vives en apparence distantes ou séparées, servir plus d’une cause à la fois et donner à chacune un rayonnement bénéfique, porteur de résultats. Une très belle initiative !